mercredi 29 mai 2013

Une histoire qui commence au chapitre deux




Mon  enfance s’était déroulée sans trace d’ombre. Étant la fille unique de mes parents, je constituais leur plus grande fierté. C’est vers l’adolescence que je me suis mise à dérailler. Je fuguais à répétition et n’allais plus à l’école. À l’été de mes seize ans, mes parents ont décidé de m’envoyer dans un centre jeunesse. C’était pour «revenir sur la bonne voie» qu’ils avaient dit.

J’ai tout d’abord rencontré une travailleuse sociale. Elle voulait que je lui parle de mes problèmes et de leurs origines, mais mon silence témoignant de mon refus. Alors, on regardait le temps passer et cela pouvait durer une heure durant. Avec le temps, j’ai appris à lui faire confiance. Je lui ai tout déballé mon histoire, comme ça, en un souffle. Je lui ai confié à quel point je détestais mes «parents» de m’avoir menti toute ma vie. Je lui ai aussi dit que je détestais ma vraie mère de m’avoir abandonnée et d’être partie. Je n’ai laissé place à aucune virgule ou point. J’ai étalé toute ma vie en une très longue et interminable phrase. J’avais commencé à raconter mon histoire les poings serrés en signe de colère et quand j’eus terminé, je pleurais. Brigitte, ma travailleuse sociale avait écouté mon récit sans placer un seul mot. Puis, elle m’avait souri et elle avait dit que c’était assez pour aujourd’hui.

Je suis donc retournée dans ma chambre et j’ai repensé à cette histoire. Je me suis dis qu’une bonne mère ne raconterait jamais cela à sa fille avant qu’elle ne s’endorme. Être adoptée, c’est finalement comme un trou au début de son existence ; on ne sait plus d’où on vient. C’est une triste histoire qui ne commence pas par «il était une fois». On saute des pages et on commence à lire au chapitre deux.

Un jour, Brigitte m’annonçait que ma mère cherchait à me contacter. Ça m’a fait tout un choc ; peut-être qu’elle ne m’avait pas oublié m’étais-je dis. Ma travailleuse sociale m’expliquait commence se déroulerait la rencontre. J’avais accepté de la rencontrer, car je voulais enfin obtenir des réponses à toutes mes questions.

Le rencontre avait lieu dans le bureau de Brigitte. Je me suis présentée à l’heure, mais il n’y avait personne. Une lettre adressée à mon nom reposait sur le bureau. Elle était de la part de ma mère ! Je l’ai lue et relue. Elle m’expliquait qu’elle était tombée enceinte de moi  l’âge de quinze ans. Elle ne pouvait pas me donner tout ce dont j’aurais besoin, mais elle voulait mon bonheur. Ses mots me réconfortaient dans mes inquiétudes. Néanmoins, un autre détail captait mon attention. C’était l’écriture de Brigitte ! Brigitte était ma mère… Cela expliquait le malaise ressenti quand je lui avais demandé si elle avait des enfants.