Mon enfance s’était déroulée sans trace d’ombre.
Étant la fille unique de mes parents, je constituais leur plus grande fierté.
C’est vers l’adolescence que je me suis mise à dérailler. Je fuguais à
répétition et n’allais plus à l’école. À l’été de mes seize ans, mes parents
ont décidé de m’envoyer dans un centre jeunesse. C’était pour «revenir sur la
bonne voie» qu’ils avaient dit.
J’ai tout
d’abord rencontré une travailleuse sociale. Elle voulait que je lui parle de
mes problèmes et de leurs origines, mais mon silence témoignant de mon refus.
Alors, on regardait le temps passer et cela pouvait durer une heure durant.
Avec le temps, j’ai appris à lui faire confiance. Je lui ai tout déballé mon
histoire, comme ça, en un souffle. Je lui ai confié à quel point je détestais
mes «parents» de m’avoir menti toute ma vie. Je lui ai aussi dit que je
détestais ma vraie mère de m’avoir abandonnée et d’être partie. Je n’ai laissé
place à aucune virgule ou point. J’ai étalé toute ma vie en une très longue et
interminable phrase. J’avais commencé à raconter mon histoire les poings serrés
en signe de colère et quand j’eus terminé, je pleurais. Brigitte, ma
travailleuse sociale avait écouté mon récit sans placer un seul mot. Puis, elle
m’avait souri et elle avait dit que c’était assez pour aujourd’hui.
Je suis donc
retournée dans ma chambre et j’ai repensé à cette histoire. Je me suis dis
qu’une bonne mère ne raconterait jamais cela à sa fille avant qu’elle ne
s’endorme. Être adoptée, c’est finalement comme un trou au début de son
existence ; on ne sait plus d’où on vient. C’est une triste histoire qui ne
commence pas par «il était une fois». On saute des pages et on commence à lire
au chapitre deux.
Un jour,
Brigitte m’annonçait que ma mère cherchait à me contacter. Ça m’a fait tout un
choc ; peut-être qu’elle ne m’avait pas oublié m’étais-je dis. Ma travailleuse
sociale m’expliquait commence se déroulerait la rencontre. J’avais accepté de
la rencontrer, car je voulais enfin obtenir des réponses à toutes mes
questions.
Le rencontre
avait lieu dans le bureau de Brigitte. Je me suis présentée à l’heure, mais il
n’y avait personne. Une lettre adressée à mon nom reposait sur le bureau. Elle
était de la part de ma mère ! Je l’ai lue et relue. Elle m’expliquait qu’elle
était tombée enceinte de moi l’âge de
quinze ans. Elle ne pouvait pas me donner tout ce dont j’aurais besoin, mais
elle voulait mon bonheur. Ses mots me réconfortaient dans mes inquiétudes.
Néanmoins, un autre détail captait mon attention. C’était l’écriture de
Brigitte ! Brigitte était ma mère… Cela expliquait le malaise ressenti quand je
lui avais demandé si elle avait des enfants.